La guimauve, cette friandise à base de sucre et autres dérivés du dit sucre, est à l’origine de cette confession. Quand on a tout juste 4 ans, qu’on nous trimballe pour la première fois en aventure de camping et qu’on nous assoit à quelques pieds d’un joli feu de camp avant de nous foutre cette dégoulinante pâte boursouflée tel un bouton transpirant de pus dans la gueule, on est loin de se douter que…Nous sommes à l’été 1983. C’est le temps des vacances et papa et maman emmenèrent cette fois leurs trois rejetons en camping! Alors que le roi de la pop entamait pour la 3e fois sa désormais classique Billie Jean à la radio (faisant la joie de mes frères et moi, mais au grand dam de mes parents), la petite famille s’enfonça profondément dans la campagne québécoise.
Quelques heures plus tard, nous nous retrouvions tous (bien-aimés parents, permissifs oncles et tantes, turbulents cousins, démoniaques frangins et angélique moi-même) devant le traditionnel feu de camp. Les adultes fredonnant de vieilles chansons françaises, les enfants réclamant la cérémonie de la guimauve. Eux, pas moi. Car en tant que cadet du joyeux groupe, je ne connaissais pas encore les délices (et dégoûts!) associés à la petite éponge de glucose …
Trop heureux de manier mon fleuret de bois sec comme un futur escrimeur olympique, loin de moi l’idée d’aller planter celui-ci en plein cœur de la crépitante tempête orangée. Mais à voir mes démoniaques frangins et turbulents cousins se régaler, il a bien fallu que la curiosité (et avouons-le, la simple volonté de faire comme les autres) me pousse à la dégustation. Alors voilà, après avoir poignardé ma première guimauve, comme si ce n’était pas suffisant, je la fous au bûcher! Elle s’enflamme rapidement, trop rapidement, il faudra l’intervention de papa pour la sortir de là… Je l’observe, elle est noircie, elle a changé d’apparence, de sa petite forme cylindrique blanche à un caillou noirci de la planète mars. Et… je goûte. Et mes yeux s’arrondissent, et mes lèvres forment instantanément un sourire de bonheur infantile, de bonheur tout court.
Et que fait un humain quand il goûte au bonheur? Il en veut encore. Et encore. Et encore. Alors j’avala une deuxième guimauve, puis une troisième, puis une… douzaine! Enfin, c’est jusqu’à 12 que je pouvais compter à l’époque, qui sait si je ne me suis pas rendu à 39 au fond… Peu importe la quantité exacte, elle était trop grande. Trop grande pour un si petit corps. Celui-ci s’est donc objecté et il a rejeté. Il a rejeté une mer de guimauves sous forme de goudron multicolore, où l’œuf battu côtoie la crème brûlée, avec un coulis d’agrumes par ci et un soupçon de parmesan râpé par là. Les spasmes corporels qui se multiplient, les gouttes de sueurs qui transpercent la peau, les hauts et les bas du rejet alimentaire.
Tel est mon souvenir de la guimauve. Souvenir qui m’a hanté chaque fois que je me suis retrouvé près d’un feu, entouré d’ami(e)s, de bouteilles de bières et des satanées guimauves. Jusqu’à ce que… Jusqu’à ce que je me retrouve à l’autre bout du monde, jusqu’à ce que je sois obnubilé de l’ivresse d’être en plein cœur du désert australien à regarder le ciel étoilé, jusqu’à ce que plus de 20 ans aient passé, et que dans ce moment où je retrouvais à nouveau le bonheur tout court assis près d’un feu de camp, entouré de nouveaux ami(e)s provenant des quatre coins du monde, jusqu’à cet instant où je goûtai sans crainte, sans complexe, UNE guimauve. Et s’en est suivi le sourire instantané.

6 commentaires:
Une histoire de vomi.
Génial.
Simon a le tour de rendre le vômis poétique.
Dis-moi, Simon, est-ce ta phobie du camping vient des guimauves? Parce que ce que ton histoire ne dit pas, c'est que tu as horreur de dormir dans le bois.
Je pourrais faire l'original et m'ouvrir un blogue portant que sur le vomi, comparant couleurs et textures, photos à l'appui.
Qu'en dites-vous ? - pébay
ce serait une drôle d'idée.
C'est la plus jolie histoire de vômis! Je t'imagine fort bien vouloir faire comme tes frères et être malade comme un chien!! MC :)
Peut-être que le bonheur alors il faut y goûter qu'à petite dose?
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